Mémoires et thèses déposés
 


Amélie Nadeau

«L'univers musical dans les Chroniques du Plateau Mont-Royal de Michel Tremblay et L'Oratorio de Noël de Göran Tunström. Une passerelle entre le réel et l'imaginaire », mémoire de maîtrise en études littéraires, Université du Québec à Montréal, 2005, 132 f.


Résumé du mémoire : Dans les Chroniques du Plateau Mont-Royal (1978 à 1997) de Michel Tremblay et Juloratoriet (1983 [L'Oratorio de Noël, 1987]) du Suédois Göran Tunström, les personnages trouvent refuge dans un univers imaginaire pour échapper à une réalité pénible et contraignante. D'une manière qui rappelle par certains aspects le courant esthétique du réalisme magique, cet imaginaire est présenté par les romanciers comme un élargissement de la perception du réel : il s'ajoute à la réalité décrite dans ces oeuvres sans toutefois s'y opposer. De plus, il se manifeste par le biais d'un univers musical auquel il est intimement lié. Ainsi, la superposition de ll'imaginaire et de la réalité, qui représente l'articulation majeure de ces deux œuvres, se manifeste selon deux axes.

Dans un premier temps, le passage du réel au rêve est favorisé par l'univers musical inscrit dans les oeuvres. Cet univers, inspiré d'une musique existante ou fictive, est, à l'image du rêve, positivement connoté : la musique demeure associée à la perfection, à la beauté du monde et à un sentiment jubilatoire. Elle permet également de suspendre le temps, d'assurer la permanence du passé et d'échapper au monde extérieur, tout en étant synonyme de bonheur et de paix. Chez Tremblay et Tunström, le caractère mélioratif et l'aspect matérialisant de la musique contribuent à mettre en place un univers parallèle qui se greffe au réel décrit, mais qui est exempt des souffrances du quotidien. De plus, on constate que l'oeuvre musicale évoquée dans les romans ne fait pas que suggérer un réseau de significations : elle joue également un rôle dans la structure de l'oeuvre littéraire elle-même et a sur cette dernière une incidence thématique et formelle.

Deuxièmement, cet univers imaginaire imbriqué dans la réalité et ordonné par la musique connaît une transformation au long des récits pour disparaître presque complètement au terme de L'Oratorio de Noël et des Chroniques du Plateau Mont-Royal. Son effritement coïncide avec le passage à l'âge adulte des personnages. Cependant, la fin du rêve se traduit différemment dans les deux oeuvres : dans le premier cas, elle permet la réintégration dans le monde réel, alors que dans le second, elle fait sombrer de façon définitive le personnage de Marcel dans la folie.